Le Conseil de Bank Al-Maghrib (BAM), réuni mardi à Rabat, a décidé de maintenir le taux directeur inchangé à 2,25%.
"Tenant compte de la poursuite de la dynamique notable de l’activité économique, des niveaux modérés prévus de l’inflation et de la forte incertitude entourant les perspectives au niveau international ainsi que des résultats des stress tests réalisés par BAM pour l’économie nationale, le Conseil a jugé approprié de maintenir le taux directeur inchangé à 2,25%", indique BAM dans un communiqué publié à l'issue de la première réunion trimestrielle de 2026 de son Conseil.
Le Conseil continuera de suivre de près la conjoncture interne et externe et en particulier les développements au Moyen-Orient ainsi que leurs conséquences sur l’activité économique et l’inflation, et de fonder ses décisions, réunion par réunion, sur la base des données les plus actualisées.
Au niveau national, cette guerre ne serait pas sans conséquence à travers notamment les canaux des comptes extérieurs et en particulier les cours de l’énergie. Selon les évaluations préliminaires de Bank Al-Maghrib, l’impact serait relativement contenu dans le scénario retenu d’un conflit de courte durée, mais pourrait s’avérer plus marqué dans le cas contraire.
Cela étant, la forte dynamique des secteurs non agricoles, tirée par l’investissement dans les infrastructures économiques et sociales, devrait se poursuivre et la production agricole connaitrait un rebond notable à la faveur des conditions climatiques exceptionnelles qui ont prévalu au cours des derniers mois.
S’agissant de l’inflation, elle a évolué à des niveaux bas, en lien avec l’amélioration de l’offre de certains produits alimentaires et le repli des prix des carburants, fait savoir la même source.
A moyen terme, elle devrait, après la dissipation de ces effets et avec la hausse des cours du pétrole prévue dans le scénario central, s’accélérer graduellement tout en restant à des niveaux modérés. Ainsi, elle ressortirait quasi stable d’une année à l’autre à 0,8% en 2026, puis atteindrait 1,4% en 2027.
Quant aux anticipations d’inflation, elles se sont inscrites en baisse, les experts du secteur financier interrogés avant le déclenchement de la guerre en Iran dans le cadre de l’enquête trimestrielle de la Banque, tablant au premier trimestre 2026 sur un taux moyen de 1,5% à l’horizon de 8 trimestres et de 1,8% à celui de 12 trimestres.
Sur le volet de la transmission des précédentes décisions du Conseil, le recul cumulé des taux débiteurs assortissant les crédits bancaires au secteur non financier entre le début de l’assouplissement monétaire en juin 2024 et le quatrième trimestre 2025 ressort à 61 points de base (pb) contre 75 pb pour le taux directeur.
Par ailleurs, les conditions climatiques très favorables ayant prévalu, au niveau national cette année, devraient se traduire par une nette hausse de la production agricole. La récolte des trois principales céréales atteindrait, selon les estimations de BAM basées sur une superficie emblavée de 3,9 millions d’hectares, 82 millions de quintaux.
Dans ces conditions, Bank Al-Maghrib table, après une progression qui aurait atteint 5% en 2025, sur un rebond de la valeur ajoutée agricole de 14,4% en 2026, suivi d’un recul de 5,3% en 2027 sous l’hypothèse d’un retour à une campagne céréalière moyenne.
En regard, à la faveur notamment de la dynamique de l’investissement dans les infrastructures économiques et sociales, la croissance des activités non agricoles resterait robuste, oscillant autour de 4,5%. Au total, la croissance de l’économie nationale aurait connu une nette amélioration à 4,8% en 2025 et devrait se situer à 5,6% en 2026, avant de ralentir à 3,5% en 2027.
Sur le volet des comptes extérieurs, le renchérissement prévu des matières premières devrait se traduire par un creusement du déficit du compte courant de 2,3% du PIB en 2025 à 3,1% en 2026, avant une atténuation prévue à 2,5% en 2027.
En effet, après avoir baissé à 107,6 milliards de dirhams (MMDH) en 2025, la facture énergétique devrait s’alourdir de 15,6% en 2026 puis se replier de 11,1% à 110,5 MMDH en 2027.
De même, les acquisitions de biens d’équipement devraient s’accroitre à un rythme annuel proche de 10% à l’horizon de 2027 tirées par la dynamique prévue de l’investissement.
En regard, après une contraction de 2% en 2025, les expéditions du secteur automobile progresseraient de 13,7% cette année et de 19,3% en 2027 pour atteindre 209,6 MMDH en 2027.
De même, les ventes de phosphate et dérivés devraient poursuivre leur tendance haussière en 2026, avec une augmentation de 19,4%, suivie d’une diminution de 8,7% en 2027 à 108,8 MMDH.
En parallèle, après des performances exceptionnelles en 2025, les recettes de voyages continueraient de s’améliorer pour atteindre 158,2 MMDH en 2027 et les transferts des MRE se consolideraient pour se situer autour de 129 MMDH la même année.
S’agissant des recettes des investissements directs étrangers (IDE), les projections tablent sur un flux annuel équivalent à 3,5% du PIB. Au total, et tenant compte notamment des financements extérieurs prévus du Trésor, les avoirs officiels de réserve continueraient de se renforcer pour ressortir à 482,1 MMDH en 2027, assurant l’équivalent de 5 mois et 23 jours d’importations de biens et services.
Concernant les conditions monétaires, le besoin de liquidité des banques s’est établi à 131,7 MMDH en 2025 et devrait se creuser graduellement pour se situer à 169,4 MMDH en 2027 en lien principalement avec la progression de la monnaie fiduciaire.
Pour ce qui est du crédit bancaire au secteur non financier, tenant compte de l’évolution attendue de l’activité économique et des anticipations du système bancaire, son rythme devrait s’accélérer davantage, passant de 4,7% en 2025 à 6% en 2026 avant de revenir à 5,1% en 2027.
Quant à la valeur du dirham, les évaluations trimestrielles réalisées par Bank Al-Maghrib indiquent qu’elle reste globalement alignée avec les fondamentaux économiques.
S’agissant du taux de change effectif, il devrait connaitre une dépréciation en termes nominaux de 1,4% cette année suivie d’une légère appréciation de 0,3% en 2027. Tenant compte d’un niveau d’inflation domestique inférieur à celui des principaux partenaires et concurrents commerciaux, il ressortirait en dépréciation en termes réels de 3,7% et 1,1% respectivement.
Au plan des finances publiques, l’année 2025 a connu une augmentation de 15,3% des recettes ordinaires portées par une hausse sensible des rentrées fiscales.
En regard, les dépenses globales se sont alourdies de 11,8% reflétant l’accroissement de celles au titre des biens et services.
Compte tenu de ces réalisations, des données de la Loi de Finances 2026 et de la programmation budgétaire triennale 2026-2028, le déficit budgétaire, hors produit de cession des participations de l’État, devrait, selon les projections de la Banque centrale, poursuivre sa trajectoire baissière, revenant de 3,6% du PIB en 2025 à 3,5% cette année puis à 3,4% en 2027.
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